Oisans: Bansaï !

3 septembre 2009   7 réactions

Marc auteurLoin du silence oppressant des salles d’examens, des amphithéâtres universitaires, loin d’une montagne mécanisée où le ballet continuel des hélicoptères n’a d’égal que le vacarme assourdissant des remontées mécaniques, le grimpeur peut encore abreuver sa soif intarissable de beau rocher tout en ravivant l’inextinguible flamme d’aventurier qui l’anime. Il lui faut alors prendre la seule petite route serpentant jusqu’au précieux Eden, la direction d’Ailefroide. C’est celle que nous avons choisie, Françoise, Seb et moi, pour cette semaine de juillet. Durant le trajet, on discute des projets, des voies, du topo décortiqué depuis des jours, on hume l’odeur du met délicieux que nous allons déguster pendant une semaine.

En début d’après midi, nous arrivons au Camping d’Ailefroide. N’imaginez pas un caricatural terrain de la Côte d’Azur mais plutôt un Camp IV français. Le camping est en effet une immense aire ou sapin et herbes grasses s’entremêlent, où un torrent chante perpétuellement au beau milieu des falaises granitiques. Ici ni réservations ni emplacements délimités, un goût délicieux de nature brute avec ce qu’elle comporte en moustiques et insectes en tout genre…S’il est assez rare dans nos contrées du Nord, le Grimpeur est la quasi unique espèce du camping d’Ailefroide. Les sacs se font et se défont continuellement, crash-pads, piolets, coinceurs et friends semblent ancrés dans le paysage. Après avoir cherché en vain quelques blocs pouvant satisfaire notre état profond de manque de caillou, nous décidons de dévorer quelques couennes. La qualité de ces murs légèrement déversés, parsemés de réglettes plus crochetantes les unes que les autres nous enchante quant à la suite de la semaine. Premier 7 du séjour, premier taquet aussi… Seule la nuit parviendra à mettre fin à ce délicieux moment. Heureusement une ration gargantuesque de pâtes bolognaises n’attend que notre appétit pantagruélique.

Françoise dans "Te quiero" 6c+ avec vue sur Ailefroide

Françoise dans "Te quiero" 6c+ avec vue sur Ailefroide

La dalle en 7a+

La dalle en 7a+

Un réveil assez matinal nous fait sortir de la tente. On avale alors un solide petit déjeuner pour la voie qui nous attend : le désert du tartare, une ED de 450 m, avec une longueur clé en 7a+ dalle. Seb s’élance en tête. La première longueur en 6b, une fissure sur un granit assez glissant, donne le ton de la voie : soutenue ! Une traversée à peine plus facile nous permet d’atteindre le bas de la dalle en 7, lisse comme un miroir reflétant notre inquiétude quant à son enchaînement en libre, d’autant plus qu’une bouteille de Génépi est en jeu ! La dalle aura finalement raison du grimpeur de tête qui s’offrira un repos au spit bien mérité…Après une longueur en 6c fissure, véritable copie du Great Roof pour rester dans la métaphore yosemitique, en moins dur cependant et surtout avec des spits ! Un autre 6c, deversant cette fois, chose rare à Ailefroide, n’attend que nos avants bras encore assez peu entamés par les dalles techniques…

Le superbe mur de sortie

Le superbe mur de sortie

Nous y voilà, au pied du Headwall : deux longueurs en 6c+ et 6b+ dans un mur à réglettes dont la beauté, la continuité, laissent rêveur. Seb a le privilège d’errer, comme les âmes antiques dans le désert du Tartare, en tête dans ce mur de granit aussi noir que l’ouvrage de Dino Buzzati du même nom que la voie. Le plaisir sera néanmoins éphémère et nous arriverons en haut de ces deux si belles longueurs et un gros parpaing décroché par ma main passera non loin de Françoise et nous immergera brusquement à nouveau dans la réalité… Quelques rappels plus tard nous voilà sur le chemin du camping et la montée au refuge du Sélé nous parait insurmontable. La décision est unanime : on reporte cette bavante à demain et profitons de l’heure pas trop tardive pour acheter quelques merguez et brochettes afin d’accompagner les 500g de couscous au safran. Malgré notre faim grandissante nous n’avons rien sur quoi faire griller les précieuses merguez. Les propositions s’enchainent mais sans parvenir à nous convaincre. L’innovation et le bidouillage seront finalement à l’honneur : des sardines enfoncées au marteau Petzl dans une branche feront offices de grille et nous permettrons de savourer un repas délicieux sous le ciel étoilé d’Ailefroide…

Notre beau barbecue

Notre beau barbecue

Marc dans Twingo 7a à Tournoux

Marc dans Twingo 7a à Tournoux

Nouveau réveil dans la tente, cependant, aujourd’hui pas l’ombre d’un nœud de cabestan : nous décidons de nous délecter dans quelques couennes teigneuses à la falaise de Tournoux. Après une approche des plus hasardeuses, nous parvenons enfin au secteur et nous rencontrons même l’ouvreur fort sympathique sur une accroche des plus originales « 30m ?!? Mais c’est un topo corse ou quoi ! Ah vous ne seriez pas l’ouvreur… » Nous retrouvons aussi les joies du calcaire bien raide, histoire de savourer une dernière fois les spits de 12 qui vont s’avérer plus rare par la suite…Retour au camping pour un déjeuner rapide et un moment crucial pour tout grimpeur : la préparation du matériel pour une grande voie en montagne avec tout l’arsenal : piolets, crampons, grosses chaussures, coinceurs et friends.

Le refuge du Selé

Le refuge du Selé

Première montée en refuge de la saison pour nous trois, elle s’avère épuisante, écrasés par des sacs trop lourds et un soleil de plomb sur l’océan de caillasse conduisant au refuge. Arrivés au refuge, sur les conseils du gardien, nous consultons le nouveau topo avec stupeur ; la longueur en 6c/7a a été recotée 7a+/7b, il mentionne également une cheminée d’une vingtaine de mètres « style Yosemite improtégeable » ainsi qu’une longueur en dièdre « le livre ouvert 6b+ dur ! 2 points en 45m » le tout flirtant avec les 3500m ; ça à l’air mémorable le nouveau topo la qualifie d’ailleurs de « voie la plus démente de l’Oisans, des Alpes, du monde ! »… Voilà qui donne un coup au moral que seul un bon repas en refuge avec des voisins de table très sympas permet d’oublier. Après quelques spéculations sur le dièdre en 6b+, nous allons finalement nous coucher, j’entends déjà le doux bruit des coinceurs autour de la taille, Merde demain je grimpe en tête !

Françoise sur le névé d'approche

Françoise sur le névé d'approche

Après une bonne nuit, fait rare en refuge, je saute dans mon pantalon en ayant à peine le temps de dire « Bansai ». Nous descendons tous les trois en premier au petit déjeuner et partons à toute pompe du refuge. Nous perdrons malheureusement notre avance, erreur d’itinéraire…Nous sommes les seuls au pied de la voie que nous convoitons… Après avoir mis les chaussons dans la neige, moments que seule la montagne peut offrir, je m’élance en tête. La première longueur, chaussons mouillés, en V+ montagne, avec un équipement sur spits de 8 et pitons à compléter, ne fait que renforcer mes angoisses quand à la suite…On avale finalement assez rapidement les longueurs en V+/6a avant d’arriver à la longueur clé en 7a+/7b.

La longueur clé en 7a+/7b sur un granit blanc d'anthologie

La longueur clé en 7a+/7b sur un granit blanc d'anthologie

La beauté de ce mur déversant de granit blanc nous émerveille : un véritable bijou ! L’équipement, bien qu’ils soient toujours mi pitons mi spit de 8, est assez serré et permet de se faire plaisir en tête. L’enchaînement à cette altitude me parait bien impromptu et je m’offre le luxe de me reposer aux clous pour tout faire en libre et notamment un crux en écart sur une écaille décollée plein gaz, aussi beau à grimper qu’à admirer. Passé cette longueur clé, moins de difficultés pures mais des longueurs en 6b/6b+ quasiment jusqu’au sommet et surtout une bonne dose d’engagement : on n’a pas amené les coinceurs pour rien ! Le gaz devient de plus en plus présent et ce n’est pas le crux de cette longueur en 6b, véritable dynamique de pied pour se retrouver en écart au dessus d’un surplomb, qui va nous le faire oublier.

Une belle dalle en 6b

Une belle dalle en 6b

Après un relais sur un spit de 8 et un friend, on arrive au pied de la fameuse cheminée. La bête fait encore plus peur de près ; imaginez une énorme écaille détachée du mur raide de granit, créant ainsi un véritable laminoir lisse et large comme les épaules par endroit… Je m’engage alors timidement dans le ventre du monstre. Jusqu’alors l’engagement de la voie ne m’avait pas tellement dérouté, quelques montées d’adrénaline n’avait fait qu’accroître mon plaisir sur ce beau caillou, mais j’avoue que là, mal coincé avec le dos et les genoux au dessus d’un friend, je me rappelle que l’escalade est surtout psychologique. Quelques mètres encore dans l’horrible cheminée, permettant ainsi de me rendre compte de l’exposition de l’escalade à venir, avant de craquer. Stop. Je devine avec attention, sur les conseils de mes seconds, les quelques prises du surplomb contournant l’antre ténébreux. Et puis bansaï, j’attrape la première prise que je ne quitte plus des yeux depuis quelques minutes, je grimpe machinalement, serrant tant bien que mal les quelques prises peu franches de ce surplomb, la seule crainte qui m’anime désormais, c’est la suite. Que vais-je trouver après ce surplomb ? Une dalle passablement lisse et improtégeable dans laquelle je devrais encore m’élever loin, loin au dessus de ce piton déjà déraisonnablement bas ? Le rétablissement athlétique ne m’offre pas le luxe de plus de réflexion et je découvre ce qui m’attend : une belle fissure comme seul le granit peut en offrir, j’annonce alors à Seb et Françoise, dans un cri mêlant victoire et soulagement « j’ai mis un Friend ! » Je tire la fin de cette longueur, qui doit coter 6b + (cette variante dans le surplomb à gauche était mentionnée sur le topo, lui attribuant cette cotation), sur coinceurs et arrive enfin au relais.

Le livre ouvert 6b+ raide

Le livre ouvert 6b+ raide

Mais le soulagement n’est qu’éphémère, nous voici au pied du fameux livre ouvert, qui s’avère bien illisible du bas ; dièdre ? Dülfer ? Cheminée ? Je quitte le relais et regarde une dernière fois le spit de 8 du point de renvoi : je ne vais pas en voir beaucoup sur 45m… Premier écart, premier contact avec cette écaille si ronde, les pieds en adhérence en se protégeant dans la fissure des entrailles de ce dièdre. Une vingtaine de mètres au dessus du relais, je suis complètement daubé, à la limite de la crampe. Il faut dire que j’ai plus d’une longueur dans les bras, l’altitude n’arrangeant rien… Je me retrouve alors dans un terrible dilemme. Que faire ? Continuer au risque de prendre un vol bien impromptu sur coinceurs ou me vacher sur le friend tout de même assez peu enfoncé ? J’opte pour la deuxième solution, inspire un grand coup et me suspends à l’engin…Ouf ! Il tient ! Je repars et trouve enfin un spit… Je suis contraint de me faire mouliner pour récupérer les précieux coinceurs placés au dessous pour finir la longueur. Le livre ouvert n’a pas dis son dernier mot, après les écarts techniques, place à une Dülfer ultra physique, les pieds quasi à plat sur le granit raide, remontant ainsi l’écaille jusqu’à une fin de longueur plus facile mais toujours dépourvu de points. Je crie enfin relais sachant que c’est désormais la fin des difficultés.

Le gaz des longueurs sommitales

Le gaz des longueurs sommitales

On profite alors plus détendu des deux dernières longueurs en V+ et V, présentant néanmoins toujours quelques Dülfer et nous arrivons enfin au sommet de la voie à 3500m avec une vue superbe sur le massif. L’accord est tacite mais unanime : Purée D’astragale mérite sa cotation ED. Place aux rappels maintenant, après un départ fulgurant, un relais des plus hasardeux vient stopper notre entrain. La corde se coince évidemment plusieurs fois dans les belles fissures que nous avons tant chéries, nous imposant encore quelques mètres d’escalade… Les pieds dans les grosses, sur le névé, je vais chercher les piolets et grosses de Françoise et Seb, au pied de notre voie, quelques mètres plus loin. Me voilà donc avec trois piolets à la main et deux paires de chaussures, dans la neige lourde et fondue. Le névé raide a eu raison de moi : je glisse dans cette véritable soupe ; le premier piolet reste au départ de ma chute, je tente d’arrêter ma course avec le second. Je plante vigoureusement la pointe. Il tient mais il est dépourvu de dragonne et me glisse des mains, je poursuis donc ma folle glissade, plus qu’un piolet, je passe rapidement la main dans la dragonne et renouvelle l’opération : ça y est, c’est fini et non loin au dessus d’une petite plate forme en granit d’ailleurs… Nous n’avons plus qu’à entamer l’interminable descente qui nous conduira à Ailefroide.

Sommet !

Sommet !

Repos

Repos

Aujourd’hui, nous décrétons jour de repos indispensable à la poursuite de la semaine à la vue de notre état. On ne grimpe pas mais on profite du cadre délicieux dans lequel se trouve le camping, on se renseigne au bureau des guides, on déguste une généreuse part de frite accompagnée d’une Tourmente tout cela animé par les sempiternelles mais passionnantes discussions à propos d’éthique, de grimpeurs, de sommets, de voies… La soirée commence et l’on décide de l’incontournable repas d’une semaine de grimpe, sur lequel on fantasme depuis des jours : la sacro-sainte pizza, qui porte d’ailleurs le nom d’un des sommets avoisinants au milieu desquels on la savoure avec amour. Mais passé ces réjouissances culinaires, on prépare la rude journée qui nous attend demain Ranxérox à la Tête d’Aval de Montbrison, paroi calcaire surplombant Vallouise, une ED de 500 m dont les commentaires les plus dithyrambiques la qualifie de « plus belle grande voie de France ». Le réveil est progressivement avancée jusqu’au seuil symbolique des 6 heures pour avoir une chance de rentrer pas trop tard : encore une rude journée qui nous attend…

L'imposante tête d'Aval de Montbrison

L'imposante tête d'Aval de Montbrison

Le réveil est en effet difficile…Un petit déjeuner conséquent est savouré en ayant la perspective du demi kilomètre de calcaire qui nous attend. Nous prenons la voiture, ultime repos avant d’attaquer. Une bonne heure et demie d’approche nous permet de nous chauffer et d’halluciner devant cette face immense, dolomitique, d’une raideur à couper le souffle : on va se régaler ! Notre enthousiasme n’est qu’accru par un vieux grimpeur répondant uniquement par un pouce levé au nom de Ranxerox. On arrive enfin au pied de l’immense face ; trois cordées pour plus de vingt cinq voies sous un ciel d’un bleu impeccable, pas de doute, nous sommes bien en Oisans ! Nous avons décidé que je commencerai à grimper en tête et que l’on changerait avec Seb au milieu de la voie. J’attaque donc cette première longueur sur 19 en 6b : passer du granit d’altitude au calcaire bien travaillé demande un temps d’adaptation qui se soldera par un petit vol inattendu dans cette première longueur. La suite déroule beaucoup mieux, on retrouve les sensations de cette roche sédimentaire tout de même particulière et l’on ne peut que rester béat d’admiration devant la beauté des longueurs, la raideur, le gaz…Le premier 7a pointe le bout de son nez : je profite des beaux spits de 12 quasi-neuf pour me lâcher : je tente d’enchaîner cette longueur, à tout prix. Je serre les prises qui s’avèrent de plus en plus petites, je vois cette ultime, mais maigre, réglette qui pourrait constituer la fin de mon calvaire. J’approche petit à petit de cette prise, doucement, tout en étant bien taquet et… Je vole sur les beaux spits de 12, m’offrant un luxe encore interdit il y a peu.

Seb au départ du deuxième 7a

Seb au départ du deuxième 7a

Seb prend désormais la tête de la cordée pour le deuxième 7 et les longueurs d’anthologie qui suivent pour arriver, non pas au sommet mais à la deuxième partie de la voie, après une vire intermédiaire. Encore sept longueurs d’anthologie avant le sommet de la voie. L’heure avance aussi au fil des longueurs. Le soleil de plomb du début laisse place au seul bémol de cette journée : Eole. Une petite brise souffle désormais sur la tête d’Aval déjà en partie à l’ombre.

L18 : un 6b+ verdonnesque, beau rocher et  surtout gaz !

L18 : un 6b+ verdonnesque, beau rocher et surtout gaz !

La qualité des longueurs sommitales, l’ambiance, le gaz, le rocher gris à goutte d’eau ne peuvent être qualifié que par un seul adjectif : verdonesque ! La dernière longueur en V+ est une pure merveille. Des énormes cannelures ultra-crochetantes sur 25 m rendant possible les écarts les plus fous. Ranxerox laisse donc un délicieux goût dans la bouche de tout amateur de beau caillou, belle voie, belle ambiance, dans la bouche de tout grimpeur savant savourer la diversité et la qualité du festin offert par les ouvreurs, cuisiniers verticaux de génie. Nous n’avons plus qu’à tirer 500 m de rappel avant de retrouver le sol et cette ambiance si délicate que seul un beau soir d’été peut offrir. On arrive à la voiture peu avant 22h et nous fantasmons sur l’imposant Chili con carne ; nous avons passé 15h sans prendre un vrai repas. 5OOg de riz 100 g de pâtes et 900g de Chili, pour trois personnes ; voilà un repas à l’image de Ranxerox : énorme. On peut reculer le réveil de quatre heures puisque demain, un départ en début d’après midi suffira pour être au refuge des Ecrins à 18h.

Brin de folie sur les cannelures de la dernière longueur

Brin de folie sur les cannelures de la dernière longueur

Nuages noirs sur le glacier blanc...

Nuages noirs sur le glacier blanc...

Après une bonne nuit, on se réveille doucement sous le soleil de l’Oisans. On prend notre temps pour (le petit déjeuner royal que nous prenons) (pour un petit déjeuner royal ?). Un dernier aller au bureau des guides afin de savoir si la barre est en condition. Devant le plus flou des renseignements offerts par la secrétaire, nous décidons d’appeler le gardien du refuge des Ecrins qui, contrairement au bureau des guides, affirme qu’il n’a pas neigé à la Barre mais qu’il risque d’y faire froid demain. On fait les sacs et nous partons doucement du Pré de Madame Carle, véritable idylle pour tout amateur de montagne encore assez peu touché par la folie commerciale qui perverti souvent ce genre d’endroit…Emerveillement quant à la beauté du glacier blanc également, qui, s’il n’a pas subi d’attaque directe du tourisme, n’a pu résister au réchauffement climatique : le topo présente une lithographie du XIXème siècle sur laquelle le glacier touche presque le Pré. Le mauvais temps et le froid viennent interrompre ces réflexions dramatiques et le mélange de pluie et de grésil nous encourage à retrouver au plus vite la chaleur du refuge des Ecrins…

Arrivée au refuge des Ecrins

Arrivée au refuge des Ecrins

Nous arrivons au refuge encore assez frais et bien moins entamés qu’au Sélé, pourtant à moindre altitude : l’acclimatation et l’entraînement sont bien là. La porte poussée, nous nous attendons à trouver un refuge surchargé de cordées trépignant d’impatience de gravir le 4000 des Ecrins. Agréable surprise : peu de personnes au refuge, la chaleur du poêle s’additionne à la chaleur humaine omniprésente sous l’œil d’un gardien des plus sympathiques. Si l’on nous demandait ce que nous cherchons en montagne, une partie de la réponse se trouverait là….On entame alors de longues discussions mêlant escalade, montagne, voyage mais surtout rêve alimenté par la splendide collection Guérin à disposition de tous. Rien qu’une mise en bouche avant de passer à table où grimpeurs espagnols, italiens et français poursuivent la discussion le tout agrémenté d’un repas délicieux et copieux. Le gardien effectue un point météo à la fin du repas, sous l’œil attentif puis médusé voire amusé des grimpeurs «  Demain -8°C à 3000 m, 20 cm de poudre et 60-80kmh de vent » L’ascension de la Barre s’annonce difficile… On déplie alors la carte, alors qu’il neige désormais, dans le but de chercher un sommet vers lequel on pourrait se rabattre : la Roche Faurio peut apparemment être grimpable. Nous allons nous coucher, espérant de tout cœur une amélioration du temps.

Belle pente de neige fraiche...en plein juillet !

Belle pente de neige fraiche...en plein juillet !

Réveil, non pas à 3h comme prévu mais à 6h40, à cause du mauvais temps. On découvre alors les conditions véritablement hivernales qui nous attendent. Neige, vent, froid. Tout le monde redescend au Pré de Madame Carle, dépité par le temps. Sur les conseils du gardien, qui affirment que le temps va se lever, on décide de tenter roche Faurio. Une fois sur le glacier Blanc, on fait quelques pas vers le sommet que l’on convoite avant de renoncer : le froid, le vent de face qui balaye la neige sur notre visage (nous) ébranle notre motivation. On commence à redescendre, pensant, au passage, faire le Pic d’Arsine, un petit sommet facile sur le chemin de la redescente. On ouvre la carte, vite, sous l’eau qui ruisselait hier sur le rocher et qui a désormais gelé. A la prochaine pente de neige, trop engourdi par le froid pour sortir la carte, on pense avoir trouvé le sommet et l’on commence à monter dans cette pente de neige fraîche tout en visant une petite brèche. Une cinquantaine de mètres sous la brèche, on se trouve au pied de la face bien blanche. C’est alors qu’on devine un petit couloir mixte juste au dessus de nous qui devrait nous conduire au sommet. Seb affirme « une longueur de IV+ et on est en haut ! » on acquiesce avec joie cette affirmation frisant la méthode Coué. Seb commence à grimper en tête, avec crampons et piolets, et jouissant de l’ambivalence du mixte : tantôt on cramponne la neige tantôt le rocher.

Le dièdre raide de L1

Le dièdre raide de L1

Il arrive alors dans un dièdre raide en plaçant quelques rares sangles en guise de protection bien symbolique dans ce rocher délité. Le rythme se ralentit, il sort le piolet technique et l’on commence à ressentir un peu de tension. On entend enfin relais et, avec Françoise, on commence à grimper. Petit taquet dans ce dièdre où l’on joue du crochet de lame tout en balayant la neige fraîche. La suite à l’air moins raide, la suite oui, car le sommet n’est pas encore là. C’est en effet certes moins raide mais plus pourri et plus enneigé…Respect à Seb pour engager comme ça au dessus du relais pas extraordinaire. Après encore quelques longueurs dans les mêmes conditions et au prix d’un petit ressaut raide mais avec de grosses prises qui tiennent cette fois, même avec les gants, on parvient à sortir de ce couloir mixte et l’on voit le sommet ! Le GPS de Seb indique 3527 m soit 200 m de plus que le Pic d’Arsine…

Sommet ! Et froid polaire...

Sommet ! Et froid polaire...

Double récompense, en plus de la joie indescriptible de faire un sommet, le beau temps arrive enfin et l’on voit la Barre, juste en face et, elle aussi, d’une blancheur éclatante. On devine l’arête qui n’a pas l’air trop difficile et qui pourrait nous permettre de redescendre sans rappel, notre hantise, sur de mauvais becquets. On profite de cette belle désescalade aussi en mixte et aérienne. On retrouve le moral que le couloir avait quelque peut assombri et les effets conjugués de l’amélioration climatique et de la progression en corde tendue nous offrent un peu de chaleur. Cependant, l’arête devient plus raide et effilée et l’on arrive devant un dilemme d’ampleur. Que faire ? Des deux côtés de l’arrête se trouvent des faces rocheuses très raides, impensables pour une désescalade improvisée, mais tout droit, on n’a que le spectacle d’une arrête très effilée sur laquelle seule la progression à califourchon serait possible.

La belle arête mixte

La belle arête mixte

Soit, mais on ne distingue pas ce qui se trouve derrière et ça à l’air plutôt raide également…C’est alors que Seb distingue un petit morceau rouge sortant de la neige du côté Glacier blanc. Qu’est ce ? Un antique lambeau de cordelette sur un becquet ? Une fleur ? Seb commence à désescalader dans ce rocher couvert de neige et assez raide mais d’une bonne qualité. Il arrive enfin au morceau rouge en question, balaye la neige qui le recouvre et découvre, non pas une fleur, mais un magnifique bouquet de deux spits et d’un maillon rapide tout neuf. Quel soulagement, la pression tombe maintenant comme le mauvais temps et nous nous sentons enfin en sécurité. Chacun rejoint ce relais et nous entamons le rappel avec notre unique brin de 50 m qui ne touche pas le pied de la face. Nous allons sûrement devoir tirer un rappel sur becquet mais peu importe, nous avons un relais sur spit dorénavant. Seb descend et, ô miracle, trouve un second relais sur deux spits qui nous mènera jusqu’à la pente de neige par laquelle nous sommes montés.

Victoire sous un ciel bleu inespéré !

Victoire sous un ciel bleu inespéré !

On descend sous le soleil, heureux de notre réussite mais un peu tendu tout de même quand à l’état de la neige, une véritable soupe. Ca y est ! On est sur la trace de redescente du glacier Blanc. Première course de ce genre pour Françoise qui a été remarquable dans ce couloir pas évident…

La beauté sauvage des Ecrins

La beauté sauvage des Ecrins

On enlève les polaires dans lesquelles nous étouffons désormais et profitons d’un Grany bien mérité, tout en pensant au resto qui nous attend. Une fois sur le sentier, on peut enlever corde, baudrier, crampons, piolet et admirer les marmottes bien grasses du parc des Ecrins. Au refuge du glacier Blanc, un alpiniste attristé par les conditions météo nous demande ce que nous avons fait. Nous ne savons pas vraiment en fait…On sort la carte et nous voyons « Pic du glacier Blanc 3527 m » L’altitude exacte qu’indiquait le GPS, on sait enfin quel sommet nous avons gravi. On admire une dernière fois les sommets du massif avant de retrouver la voiture, d’enlever enfin les grosses.

La belle arête mixte

La belle arête mixte

Retour au camping, coup de fil aux parents et direction resto ! Un menu divin, avec des produits locaux fêtera à merveille cette semaine mémorable tant par les voies et courses que nous avons faite que par l’ambiance inoubliable. Encore un grand bravo à vous deux et puis Bansaï !

Oisans-24

7 réactions à “Oisans: Bansaï !”

  1. Seb dit :

    Enorme l’article ! Bien joué Marc ! C’était vraiment une semaine géniale ! Vive la montagne !!!!!

  2. NiKo dit :

    Vraiment un superbe article, tu écris vraiment bien Marc ;)
    Moi je voudrais des réactions/impressions de Framboise pour son premier séjour en montagne (mixte) surtout avec de la neige.

    Juillet 2010, Chamonix peut-être ???? Qui sait…

  3. Nico dit :

    Super article avec de belles photos. Le froid en été me semble encore plus corriace quand hiver ! A quand une expédition en haut du Mont Blanc pour vous 3 ? :p

  4. NiKo dit :

    Le Mont Blanc côté italien, ça m’intéresse à moi :p Arrête Peutrey ou un autre délire du genre

  5. Marc dit :

    A peine la Toussaint et je rêve déjà de Cham en juillet…Pour les arrêtes, je sais pas si vous avez vu le HS de Montagne Mag’ ?

  6. NiKo dit :

    Nan, pas vu, il y a quoi dedans? L’intégrale de Peutrey? ^^

  7. Francoise dit :

    Merci encore les gags pour la magnifique semaine !!! Et merci encore de m’avoir toujours soutenue et poussée jusqu’au bout parfois^^! Mon premier sommet, ma première grande voie sur coinceur, mes premiers 500m de grande voie en 19 longueurs,… resteront des souvenirs inoubliables. Vivement la prochaine foi pour rechausser des crampons!

Réagissez

Copyright © 2009 tous droits réservés. Propulsé par WordPress Abonnez vous au flux RSS. Traduction WordPress tuto.